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Dans la mémoire collective haïtienne, peu de choses éveillent autant de nostalgie que le compas love des années 1990. Une époque où une partie de la jeunesse, aujourd’hui adulte, affirme avoir grandi avec le compas dans le sang. Cette génération là, née autour des années 1990, se rappelle encore la douceur des mélodies, l’innocence des sorties et l’élégance des programmes populaires, notamment les célèbres ” ti sourit “, qui n’avaient rien de vulgaire et faisaient vibrer le cœur des mélomanes.
En Haïti, il suffit d’évoquer les premières notes d’un morceau de compas love pour raviver toute une époque. Les mélomanes s’y retrouvaient pour savourer des tubes dédiés aux amoureux, aux passionnés et aux fidèles du compas. Les rues respiraient le calme ; l’insécurité ne dictait pas encore les habitudes. On sortait en famille, entre amis, ou en couple, et partout des bars aux boîtes de nuit, le compas régnait en maître. ” Je suis de la génération 90, j’ai le compas love dans mes veines. Je suis nostalgique de ces sorties du week-end. À l’époque, aucune musique ne dénigrait les femmes comme on l’entend parfois aujourd’hui, rien ne nuisait à l’ambiance. La musique haïtienne, c’est notre moteur. Ceux qui ont vécu le compas love savent comment aimer. ” explique Thamar, sourire aux lèvres.
Une fracture musicale entre générations
Pour beaucoup, les jeunes des années 2000 n’ont pas connu la puissance émotionnelle du compas love. Ils évoluent dans un univers musical plus diversifié, influencé par d’autres tendances.
Certains y voient une richesse, d’autres un éloignement préoccupant de la culture musicale d’origine. Le problème, selon des mélomanes, n’est pas la nouveauté, mais le manque de connaissance du vrai compas, celui créé par le maestro Nemours Jean-Baptiste, fondateur du genre.
Mais la génération 2000 n’est pas homogène, et plusieurs jeunes revendiquent fièrement leur attachement au compas. ” Je suis de la nouvelle génération, mais je suis fan du compas love. Chez moi, mes grands frères nés dans les années 90 ne jouaient que ça. Carimi, Zin, Lakòl, Konpa Kreyòl, Fasil, 509… J’ai grandi avec ce son. Je n’ai aucune idée de ce que fait la tendance actuelle, le rabòday. ” raconte Juna, 22 ans.
Un paysage musical qui se diversifie
Cependant, d’autres affirment que rejeter les nouvelles tendances, comme le rabòday, serait nier leur rôle dans la société actuelle. Cette musique, souvent critiquée pour sa tonalité crue ou son énergie débordante, est aussi, pour certains, une issue. ” Le rabòday nous aide à nous défouler, Avec les problèmes que traverse Haïti, on a besoin de ça. Mais rien n’égale le compas love que j’ai vécu dans mon temps : K-Dans, D-Zine… Celui qui n’a pas vécu la génération 90 a manqué quelque chose. Il y avait un vrai plaisir. ” Confie Jude.
Le compas, compagnon fidèle du peuple
Professeurs, parents, marchands ambulants, directeurs d’école, étudiants : partout, le compas love résonne toujours dans les écouteurs. Malgré les crises, malgré l’insécurité qui occupe la une de l’actualité, beaucoup souhaitent revivre l’Haïti de leur jeunesse, celle où la musique rassemblait et réconfortait. D’où elle reste une source de réconfort et un pilier culturel. Pour beaucoup, elle est aussi une forme de résistance, un rappel d’un pays plus paisible, plus joyeux, plus uni.
Et pendant que le pays cherche son souffle, les mélomanes, eux, continuent d’y croire. Les générations 90 et 2000 écoutent encore ces mélodies intemporelles dans leurs écouteurs, à la maison, ou sous le ciel étoilé, en espérant danser de nouveau sur les derniers groupes encore debout.
Parce qu’au-delà des modes et des crises, une conviction persiste :Le compas est plus qu’un genre musical. C’est l’âme d’Haïti.
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