![]()
Après l’inscription comme patrimoine culturel immatériel de la Soupe Joumou en 2021 et de la cassave en 2024, le 10 décembre 2025, l’Unesco a finalement inscrit le Konpa Dirèk dans la liste des patrimoines culturels immatériel qui s’inscrit dans une logique de diplomatie culturelle.
Par définition, l’UNESCO est l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. Elle est une organisation visant à instaurer la paix par la coopération internationale en matière d’éducation, de science et de culture. En 1945, à Londres, la Constitution de l’UNESCO a été adoptée, avant d’entrer en vigueur en 1946. Elle repose sur le principe que la paix durable ne peut être fondée uniquement sur des accords politiques et économiques, mais doit aussi s’appuyer sur la culture et la compréhension mutuelle entre les peuples.
Née dans le contexte de l’après-guerre, l’UNESCO a ainsi développé des programmes pionniers visant à renforcer les rapprochements entre les peuples. Cette approche rejoint l’esprit selon l’article 3 de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques, dont l’article 3 souligne que le développement des relations culturelles et scientifiques fait partie intégrante des fonctions diplomatiques.
Dans la pratique, selon Pierre Cyril Pahlavi, la politique culturelle consiste en une multitude d’actions culturelles entreprises dans les divers domaines de la langue, de la religion, de l’éducation, des arts, de la science, et des divertissements populaires, visant toutes à exporter les normes nationales à l’étranger.
Les objectifs de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel
Adoptée le 17 octobre 2003 lors de la 32ᵉ session de la Conférence générale de l’UNESCO à Paris, la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel reconnaît le rôle fondamental des communautés, des groupes et des individus dans la production, la transmission et la revitalisation de ce patrimoine.
Dans les dispositions générales liées aux buts de la Convention, notamment l’article premier, figurent les objectifs suivants :
la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel
le respect des communautés et des groupes porteurs de ce patrimoine
la sensibilisation à son importance aux niveaux local, national et international
la coopération et l’assistance internationale.
Selon le point deux de l’article premier de la Convention, les domaines dans lesquels se manifeste le patrimoine culturel immatériel sont
a) les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel
b) les arts du spectacle
c) les pratiques sociales et événements festifs
d) les connaissances liées à la nature et les savoir-faire artisanaux
e) les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
L’origine du Konpa Compas ou Compas direct
Dans son article intitulé « Quand l’Orchestre Septentrional fonda le Compas en 1948 : une analyse documentaire historique et musicale », Marc Donald Vincent souligne que le Compas haïtien a subi l’influence de nombreux rythmes nationaux et internationaux.
La paternité de la création du Compas direct est attribuée au guitariste et saxophoniste haïtien Nemours Jean Baptiste le 26 juillet 1955.
Cependant, bien avant l’apparition du concept de Compas direct, le Compas Mélasse était déjà joué par l’Orchestre Septentrional dès le 27 juillet 1948.
L’Orchestre Septentrional, le plus ancien groupe musical haïtien encore en activité, devient ainsi le précurseur de toutes les variétés du Compas.
Sans le Compas de l’Orchestre Septentrional, il n’y aurait pas eu le Compas direct de Nemours Jean Baptiste. Le Compas représente l’ensemble, tandis que le Compas direct en constitue un sous ensemble. Logiquement, un sous-ensemble ne peut exister sans l’ensemble qui le précède.
L’évolution du rythme musical haïtien
Les principales étapes de l’évolution du Konpa Compas sont les suivantes :
1955 à 1958, création du Compas direct
1965, première évolution avec l’apparition du Mini Jazz, caractérisé par de petits groupes et un style contemporain
1967, introduction du rythme du kata sur le bassin
1972, le rythme du kata sur le bassin est désormais joué à deux mains
1976, deuxième évolution avec le Full band, intégrant sections de cuivres et claviers modernes
1986 à 1989, troisième évolution marquée par
le Nouvel Jenerasyon Compas
le Digital Compas avec des percussions numériques
l’influence massive du Zouk, provoquant une pression importante sur le Compas classique.
Un patrimoine vivant et identitaire
Bien au-delà d’un simple genre musical, le compas compas ou konpa dirèk incarne l’âme du peuple haïtien. Il rythme les célébrations, structure la vie sociale et traverse les générations. Son inscription au patrimoine culturel immatériel de l’humanité constitue une reconnaissance internationale de son rôle historique, culturel et social.
Véritable vecteur d’identité nationale, le compas est un patrimoine vivant, porteur de mémoire collective et symbole de résilience culturelle. À travers cette inscription, Haïti affirme sa contribution singulière à la diversité culturelle mondiale.
BIBLIOGRAPHIE
Pahlavi, P. C. (2002). La diplomatie culturelle à l’ère de l’interdépendance globale. Volume 33, numéro 2.
Vincent, M. D. (2025). Quand l’Orchestre Septentrional fonda le Compas en 1948. Revue Haïtienne de la Culture, 1(2), 9 à 17.
(s.n.). (2003). Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel. Paris.
(s.n.). (2008). ABC de la diplomatie. Berne, Département fédéral des affaires étrangères.
UNESCO, Histoire de l’UNESCO, consulté le 13 décembre 2025.
UNESCO, Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, consulté le 13 décembre 2025.
Konpa.info, Histoire du Compas direct, consulté le 14 décembre 2025.
Madinin Art, Le Compas : un rythme qui définit Haïti et son identité culturelle, consulté le 14 décembre 2025.
About The Author
En savoir plus sur Top Média Haïti
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

