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En plein XXIe siècle, dans les rues, sur les réseaux sociaux, dans les disputes de couple ou dans les murmures des quartiers, un mot revient, brutal, tranchant : “pute”. Longtemps réservé au travail du sexe, ce terme s’est étendu dans le langage courant pour désigner, juger et condamner. Il claque comme une gifle, fuse comme une insulte. Trop souvent, il est utilisé comme une arme pour abattre la dignité des femmes. Mais qu’est-ce qu’une “pute” en 2025 ? Qui décide de cette étiquette ? Et pourquoi tant de femmes en sont-elles si facilement taxées, souvent à tort ?
Quand le mot dépasse le sens
Historiquement, “pute” désignait une femme exerçant la prostitution. Aujourd’hui, il ne s’arrête plus là. Une jupe courte, une démarche assurée, une liberté sexuelle assumée, une publication sensuelle, un refus de se soumettre, une rupture amoureuse… et voilà une femme aussitôt étiquetée.
Il suffit d’un mot, d’un geste, d’un comportement hors norme pour que l’insulte tombe, comme un couteau. On ne traite pas un homme de ” putain ” pour avoir eu plusieurs partenaires ou posté une photo torse nu. Mais pour une femme, le jugement est immédiat. ” À plusieurs reprises, j’ai été traitée de pute par des gens de mon quartier et même par des inconnus. À cause de mes tatouages, de mon style vestimentaire et de mes piercings “, raconte Linda. Pour elle, notre société est loin d’être aussi évoluée qu’elle le prétend.
Un miroir de la peur de la liberté féminine
Ce mot en dit souvent plus sur ceux qui l’utilisent que sur celles qu’ils visent. Il traduit une peur profonde : celle de la femme libre. Une femme n’a même pas besoin de vendre son corps pour être insultée il suffit qu’elle ose s’affirmer. ” On m’a traitée de sale pute dans mes relations amoureuses juste parce que je refusais de faire certaines choses qui me déplaisaient. “, témoigne Maria, jeune trentenaire. ” Aux jeunes femmes qu’on insulte au travail, à l’école, dans la rue, je dis : gardez la tête haute. Vous valez de l’or,» a-t-elle encouragé.
Une arme de contrôle
Derrière ce mot se cache une mécanique de pouvoir : faire taire, humilier, contrôler. Le prononcer, c’est rappeler à une femme qu’elle a franchi une ligne invisible dessinée par une société patriarcale. Le plus inquiétant, c’est que cette insulte ne vient pas uniquement des hommes. ” Ce qui m’étonne, c’est que même des filles le disent. ” L’une de mes meilleures amies m’a traitée de pute parce que je changeais de copain tous les trois mois. Ce qu’elle ignorait, c’est que je quittais des relations toxiques. On a le droit d’abandonner ce qui nous détruit “, confie Thamar. Aujourd’hui, même une femme sage sera traitée de pute pour des raisons ridicules.
Et les vraies travailleuses du sexe ?
Ironie du langage : celles qui sont réellement appelées putes ne sont pas toujours celles qu’on pense. Celles qui vivent du travail sexuel, parfois par choix, souvent par nécessité, restent les plus marginalisées. Invisibles, exclues de toute protection, elles revendiquent pourtant dignité, droits et reconnaissance.
Alors, quand une femme devient-elle une pute ?
Jamais. Aucune femme ne mérite d’être réduite à ce mot. Même celles qui vendent leur corps ne perdent ni leur humanité, ni leur dignité. La sexualité d’une femme ne devrait jamais être un prétexte à l’humiliation. Le vrai problème n’est pas les femmes. C’est le regard qu’on leur porte. C’est une culture du jugement, de l’hypocrisie, du double standard. Une culture où la virilité est glorifiée, et la féminité constamment scrutée, sanctionnée.
Vers un changement de regard ?
Sortir de cette spirale commence par une prise de conscience collective. Aucun comportement ne justifie une insulte. Aucune tenue, aucun passé, aucun choix ne mérite la honte publique. Il est temps de changer le récit. Derrière chaque femme qu’elle soit mère, étudiante, vendeuse, travailleuse du sexe, militante ou simplement libre il y a une histoire, un choix, une dignité. Et cette dignité mérite d’être respectée, pas dégrader.
En dépit de tout, redonner à chaque femme le droit d’exister sans être jugée, c’est aussi libérer la société d’un poids moral hypocrite. Et si, au lieu de demander quand une femme devient-elle une pute?- on se demandait enfin : pourquoi juge-t-on encore les femmes si facilement ?
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