Copyright 2026
Top Média Haïti

![]()
À l’occasion du bicentenaire de l’imposition de la rançon de 1825, Camille Chalmers, porte-parole du parti “Rasin Kan Pèp La”, appelle à une mobilisation populaire pour exiger à la France la restitution des sommes volées et une réparation historique pour les crimes du colonialisme.
Le 17 avril 1825, la France, sous le règne de Charles X, imposa à Haïti, jeune nation indépendante, une indemnité de 150 millions de francs or en échange de la reconnaissance de son indépendance. Cette dette, appelée à tort “dette d’indépendance”, est en réalité, selon Camille Chalmers, une rançon : « un crime contre l’humanité et un acte de guerre économique contre Haïti », déclare-t-il.
Pour Chalmers, cette imposition n’est pas qu’une question financière. Elle vise à effacer le symbole même de la Révolution de 1804. « Les empires colonialistes n’ont jamais accepté l’existence d’Haïti. La révolution haïtienne remettait en question l’ordre mondial basé sur l’esclavage et la domination. » Le porte-parole rappelle que dans l’ordonnance de Charles X, le mot “Haïtien” n’est même pas mentionné : « Il parle des habitants de la partie occidentale de Saint-Domingue, comme pour nier l’existence d’un État libre et souverain. »
La rançon imposée à Haïti représentait environ trois fois le PIB du pays à l’époque. Pour la payer, Haïti a dû contracter des emprunts auprès de banques françaises, entraînant une “double dette”. Les conséquences furent dramatiques : « Entre 70 et 80 % des recettes de l’État haïtien partaient en France chaque année. Cela a empêché le pays de construire des écoles, des hôpitaux, et d’autres infrastructures de base. »
Haïti a aussi été contrainte de vendre son café à moitié prix à la France et d’accepter un régime douanier discriminatoire. Pour obtenir des devises, le pays a dû déforester massivement, sacrifiant des essences précieuses comme l’acajou ou le campêche.
L’économiste insiste : il ne s’agit pas d’une dette, mais bien d’une rançon, extorquée sous la menace d’une invasion militaire. Il rappelle la doctrine de la dette odieuse, formulée en 1927 par Alexander Sack : « Un contrat d’endettement n’est valide que s’il est conclu sans coercition et dans l’intérêt du peuple. »
L’alter-mondialiste plaide pour une mobilisation nationale et internationale afin d’obtenir la restitution intégrale des fonds extorqués, mais aussi la réparation pour les 312 ans d’esclavage et de pillage. « La lutte pour la restitution est une bataille de tous les peuples opprimés. Elle est inséparable du combat pour une Haïti libre, prospère et fidèle aux rêves de 1804. »
La demande de restitution ne date pas d’hier. En 2003, à l’occasion du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, le président Jean-Bertrand Aristide avait officiellement réclamé à la France le remboursement de la rançon de 1825, estimée à 21 milliards de dollars à l’époque. Cette démarche avait suscité un tollé diplomatique, et certains analystes y voient une des causes indirectes du renversement de son gouvernement en 2004.
Plus récemment, en 2024, c’est Edgard Leblanc Fils, membre du Conseil présidentiel de transition, qui a évoqué cette question devant la tribune des Nations unies, renouvelant l’appel à la restitution des sommes extorquées et à la réparation pour les siècles d’exploitation coloniale et esclavagiste. Pour Camille Chalmers, ces prises de position politiques témoignent d’un réveil de la conscience nationale et d’un alignement nécessaire entre les mouvements populaires et les instances officielles du pays.
Selon Camille Chalmers, si l’on tient compte des intérêts cumulés, des pertes de recettes douanières et commerciales, et du coût économique de l’exploitation coloniale, la dette que la France doit à Haïti s’élèverait aujourd’hui à au moins 115 milliards de dollars.
Le dirigeant du parti politique “RASIN kan pèp la,” cite également le célèbre économiste français Thomas Piketty, qui s’est prononcé en faveur de la restitution. « D’après Piketty, la France a commis un crime abominable contre Haïti, et ce crime doit être réparé. Il affirme même que l’argent qui a servi à construire la Tour Eiffel provient directement d’Haïti. » Une affirmation symbolique qui souligne l’ampleur du pillage.
Mais Chalmers alerte aussi sur les pièges diplomatiques. « Nous devons éviter de tomber dans un narratif qui vise à dire qu’Haïti n’est pas capable de se diriger elle-même. Il faut éviter des commissions binationales franco-haïtiennes pour gérer les fonds de restitution. Ce serait une stratégie pour reprendre l’argent sans rien redonner réellement au peuple haïtien. »
Il insiste sur la nécessité que la restitution se fasse dans le respect de la dignité et de la souveraineté d’Haïti. « C’est au peuple haïtien d’être au premier poste de décision. Il faut être très attentif. C’est un combat pour la liberté. Une révolution qui a mondialisé les droits humains ne doit pas être effacée. »
Journaliste rédacteur, avocat au barreau de Petit-goâve, Psycho-énergéticien.
Subscribe to get the latest posts sent to your email.