Dans un contexte de tensions croissantes entre la Turquie et Israël, Ankara a annoncé vendredi 21 août 2026 son intention de demander à Interpol l’émission d’une notice rouge visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Cette démarche intervient dans le cadre d’une enquête judiciaire turque portant notamment sur l’interception de la « Flottille pour Gaza », en mai dernier.

 

Le ministre turc de la Justice, Akin Gürlek, a annoncé que son ministère demanderait à Interpol d’émettre une notice rouge afin de permettre l’arrestation internationale de Benjamin Netanyahou. La procédure concerne également Afek Moscovitch, un ressortissant israélien présenté comme un soldat de l’armée israélienne.

 

Selon l’agence de presse turque IHA, Afek Moscovitch est également visé par la procédure en raison d’agissements présumés commis dans la bande de Gaza et documentés par des images qu’il aurait lui-même publiées sur les réseaux sociaux.

 

Cette démarche a immédiatement provoqué une réaction du gouvernement israélien, qui l’a qualifiée de « pathétique ».

 

Qu’est-ce qu’une notice rouge d’Interpol ?

 

Une notice rouge d’Interpol constitue une demande adressée aux services de police des pays membres afin de localiser une personne recherchée et, selon les législations nationales, de procéder à son arrestation provisoire dans l’attente d’une éventuelle procédure d’extradition.

 

Toutefois, une notice rouge ne constitue pas, à elle seule, un mandat d’arrêt international exécutoire dans tous les pays. Interpol examine les demandes soumises par les États membres avant de décider de leur publication conformément à ses règles.

 

Dans le dossier de la « Flottille pour Gaza », la Turquie affirme également que plusieurs autres pays, dont la France, l’Italie et l’Australie, ont engagé des démarches judiciaires liées aux événements.

 

Pourquoi le Premier ministre israélien est-il à nouveau visé par un mandat d’arrêt international ?

 

Selon le ministère turc de la Justice, les poursuites visant Benjamin Netanyahou et Afek Moscovitch portent notamment sur des accusations de « crimes contre l’humanité », de « génocide », de privation aggravée de liberté, de « coups et blessures volontaires », de torture, de destruction de biens, de pillage aggravé et de détournement de véhicules de transport.

 

La justice turque avait déjà émis, en novembre 2025, des mandats d’arrêt visant Benjamin Netanyahou et plusieurs responsables israéliens pour des accusations liées au conflit à Gaza. Ankara dénonçait alors ce qu’il qualifiait de « génocide et de crimes contre l’humanité perpétrés de manière systématique par l’État israélien à Gaza ».

 

La Turquie figure parmi les pays les plus critiques de la conduite de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Ankara avait également rejoint la procédure engagée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice (CIJ).

 

Interception de la Flottille pour Gaza quelques mois auparavant

 

En mai 2026, la « Global Sumud Flotilla », composée de plusieurs embarcations transportant des militants et des passagers souhaitant acheminer de l’aide vers Gaza, avait été interceptée par les forces israéliennes en Méditerranée.

 

Selon les informations rapportées à l’époque, plusieurs centaines de personnes avaient été arrêtées puis transférées en Israël, où elles avaient été détenues avant leur expulsion. La Turquie avait ensuite participé à leur retour vers Istanbul.

 

Les militants de la Global Sumud Flotilla, partis notamment des côtes turques, affirmaient vouloir attirer l’attention sur la situation humanitaire à Gaza et contester le blocus maritime imposé par Israël.

 

Une précédente tentative de flottille avait également été interceptée au large de la Grèce en avril.

 

La diffusion par Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, d’images montrant des militants de la flottille agenouillés et les mains liées après leur arrestation avait suscité de nombreuses réactions en Israël comme à l’étranger.

 

Qui est Afek Moscovitch et pourquoi est-il également visé par le mandat d’arrêt ?

 

Selon l’agence de presse turque IHA, qui affirme avoir consulté l’acte d’accusation, Afek Moscovitch serait un soldat du 71e bataillon blindé de l’armée israélienne.

 

Il est notamment accusé par la justice turque d’avoir documenté des opérations militaires menées dans la bande de Gaza.

 

Sur son compte Instagram, il aurait publié des images montrant plusieurs chars et un bulldozer participant à la destruction de bâtiments appartenant notamment à l’Université islamique de Gaza et à des installations médicales situées à proximité.

 

Selon l’accusation turque, ces images constitueraient des éléments permettant d’étayer l’hypothèse d’une opération systématique visant plusieurs bâtiments.

 

La réaction d’Israël après l’annonce de la procédure turque

 

Israël a vivement rejeté la démarche annoncée par Ankara.

 

Interrogé sur les déclarations du ministre turc de la Justice, le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahou a qualifié l’initiative de « tentative pathétique d’intimidation » visant les dirigeants et les soldats israéliens.

 

Le gouvernement israélien a également accusé le président turc Recep Tayyip Erdogan de chercher à déstabiliser Israël et la région.

 

Cette nouvelle confrontation judiciaire intervient alors que les relations entre Ankara et Jérusalem sont fortement dégradées depuis le début de la guerre à Gaza.

 

Turquie et Israël s’opposent également sur la Syrie

 

Les tensions entre les deux pays se sont également intensifiées autour de la Syrie.

 

Israël a récemment mené des frappes aériennes contre une base militaire située à Abou al-Douhour, dans la province d’Idleb, affirmant craindre qu’elle puisse accueillir des forces turques.

 

Ankara a condamné ces frappes, tandis que la Syrie a affirmé qu’aucun déploiement de troupes turques n’était prévu sur cette base.

 

La montée en puissance de l’influence turque en Syrie inquiète Israël depuis la chute de Bachar al-Assad et l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités syriennes dirigées par Ahmed al-Chareh.

 

De son côté, Ankara estime que les déclarations israéliennes concernant la Turquie et ses activités en Syrie sont également liées au contexte politique intérieur israélien et à l’approche des élections législatives prévues en octobre.

 

Une « manœuvre politique mesquine » dénoncée par la Turquie

 

Après les déclarations israéliennes, la présidence turque a réagi en dénonçant ce qu’elle qualifie de « tactiques politiques mesquines » de Benjamin Netanyahou et de son entourage.

 

Dans un communiqué publié sur X, la direction de la communication de la présidence turque a estimé que la volonté du gouvernement israélien de présenter la Turquie comme une nouvelle menace constituait une « manœuvre politique mesquine » destinée à obtenir un avantage électoral.

 

Cette déclaration intervient après les frappes israéliennes contre une base militaire dans le nord-ouest de la Syrie.

 

Benjamin Netanyahou avait auparavant affirmé qu’Israël ne tolérerait pas un « enracinement militaire turc » progressant vers le sud, estimant qu’une telle présence représenterait une menace pour son pays.

 

La Turquie et Israël en froid depuis le 7 octobre 2023

 

L’annonce de cette nouvelle procédure judiciaire illustre davantage la détérioration des relations entre la Turquie et Israël depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et le déclenchement de la guerre à Gaza.

 

Ankara a multiplié les critiques contre la conduite des opérations militaires israéliennes dans le territoire palestinien et a accueilli des responsables du Hamas.

 

La Turquie a également interrompu ses échanges commerciaux avec Israël et les liaisons aériennes directes entre les deux pays ont été fortement affectées.

 

De son côté, le gouvernement israélien accuse régulièrement Recep Tayyip Erdogan de soutenir le Hamas et de mener une politique hostile à l’égard d’Israël.

 

La nouvelle procédure judiciaire annoncée par Ankara ouvre ainsi un nouveau front dans l’affrontement politique et diplomatique entre les deux pays, sur fond de guerre à Gaza, de tensions en Syrie et de profondes divergences sur la question palestinienne.