Depuis son déclenchement en avril 2023, la guerre au Soudan oppose les Forces armées soudanaises (SAF) aux Forces de soutien rapide (FSR) dans un conflit qui continue de déstabiliser plusieurs régions du pays. Après plus de trois ans de combats, les affrontements restent particulièrement intenses au Darfour, au Kordofan et dans d’autres zones stratégiques, tandis que la population civile fait face à une crise humanitaire majeure.
Le Kordofan occupe aujourd’hui une place centrale dans cette guerre en raison de sa position géographique et de ses axes de communication reliant le centre du Soudan aux régions occidentales, notamment au Darfour. Les combats qui s’y déroulent opposent les forces gouvernementales et leurs alliés aux FSR, dans un contexte où le contrôle des routes, des localités et des corridors d’approvisionnement constitue un enjeu majeur pour les deux camps.
De nouvelles avancées annoncées le 17 septembre
La situation a connu une nouvelle évolution jeudi 17 septembre 2026. L’armée soudanaise a annoncé avoir repris onze zones dans le Nord-Kordofan, après de violents affrontements avec les FSR. Parmi les localités citées figurent Kajmar, Sharshar, Al-Baniyah Al-Kurayniyah, Al-Qulay’at, Awlad Hazmah, Magwildat, Rayshan, Al-Qaa, Ghabat Al-Laqad, Al-Kukaiti et les environs d’Al-Mazrub.
Dans le même temps, des sources militaires citées par Anadolu ont rapporté que l’armée et ses forces alliées avaient pris le contrôle d’Al-Farshaya et d’Al-Mamsouka, dans le Sud-Kordofan, ainsi que de Sharshar, dans le Nord-Kordofan. Ces annonces interviennent alors que les deux camps cherchent à renforcer leurs positions le long des principaux axes reliant le centre du pays aux régions occidentales.
Ces informations proviennent principalement de sources liées aux parties engagées dans les combats et ne permettent donc pas, à elles seules, d’établir de manière indépendante le contrôle effectif de chacune des zones concernées.
Pourquoi le Kordofan est-il si stratégique ?
Le Kordofan occupe une position centrale dans la géographie du Soudan. Le Nord-Kordofan se situe notamment entre Khartoum et les régions occidentales, tandis que le Sud-Kordofan constitue un espace de passage vers le Darfour et le Soudan du Sud.
Cette position donne à la région une importance militaire et logistique considérable. Le contrôle des routes permet notamment de faciliter le déplacement des troupes, l'acheminement du carburant et des équipements, mais aussi de maintenir ou de couper les liaisons entre différentes zones contrôlées par les belligérants.
El-Obeid, capitale du Nord-Kordofan, constitue à ce titre un point particulièrement important. La ville représente à la fois un centre urbain majeur et une plateforme essentielle pour l’acheminement de l’aide humanitaire vers plusieurs parties du Kordofan.
Une progression militaire engagée depuis plusieurs semaines
Les annonces du 17 septembre s’inscrivent dans une dynamique militaire plus ancienne. Depuis plusieurs mois, l’armée soudanaise cherche à consolider ses positions dans le Nord-Kordofan.
Fin juillet, l’armée et ses alliés avaient annoncé la reprise de Bara, ainsi que de plusieurs localités voisines, notamment Jabra al-Sheikh et Um Sayala. Ces opérations avaient été présentées comme une étape permettant de renforcer les liaisons entre Khartoum et El-Obeid.
La maîtrise de cet axe constitue un enjeu important pour les forces gouvernementales, mais les lignes de front demeurent susceptibles d’évoluer. Dans ce conflit, plusieurs localités ont déjà changé de mains au gré des offensives et des contre-offensives.
Deux forces principales et plusieurs groupes armés
Le conflit oppose principalement les Forces armées soudanaises, dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, aux Forces de soutien rapide, commandées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti.
Cependant, la réalité militaire est plus complexe. L’armée bénéficie du soutien de plusieurs groupes armés et formations issues notamment de mouvements ayant combattu auparavant au Darfour. D’autres acteurs locaux interviennent également dans certaines zones du Kordofan.
Cette multiplication des acteurs rend difficile une lecture uniforme du conflit. Les alliances peuvent varier selon les régions et le contrôle territorial peut évoluer rapidement.
Des routes et des ressources au cœur du conflit
La guerre se joue également autour des ressources économiques et des principaux corridors de transport.
L’or constitue notamment une ressource stratégique au Soudan. Les activités minières, formelles et informelles, représentent une source importante de revenus et sont particulièrement présentes dans l’ouest du pays.
Le Kordofan est lui aussi concerné par cette dimension économique. Le 16 septembre, un accident dans une mine d’or artisanale du West-Kordofan avait déjà illustré les risques auxquels sont exposées les populations vivant dans ces zones. Les bilans communiqués par différents médias faisaient état de plusieurs dizaines de morts, avec des divergences sur le nombre exact de victimes.
Une guerre entrée dans sa quatrième année
Le conflit a éclaté le 15 avril 2023, après l’échec du processus de transition politique et l’aggravation des tensions entre l’armée et les FSR, notamment autour de la question de l’intégration des forces paramilitaires dans l’armée régulière.
Depuis, les combats se sont étendus à de nombreuses régions du pays. Khartoum, le Darfour, le Kordofan et d’autres États ont été successivement touchés par des affrontements, des bombardements et des déplacements massifs de population.
En 2026, le Kordofan figure parmi les principaux théâtres militaires du conflit, alors que les combats et les frappes de drones continuent également dans d’autres régions.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Derrière les évolutions militaires se trouve une crise humanitaire d’une ampleur considérable.
Le nombre exact de victimes reste difficile à établir en raison de l’accès limité aux zones de combat et de l’absence de données complètes. Cependant, des estimations citées par plusieurs médias internationaux font état de dizaines de milliers de morts depuis le début de la guerre, tandis que certaines sources estiment que le bilan réel pourrait être nettement plus élevé.
Les déplacements de population sont encore plus importants. Selon des données rapportées en septembre 2026, plus de 14 millions de personnes auraient été déplacées depuis le début du conflit, à l’intérieur comme à l’extérieur du Soudan.
À l’intérieur du pays, plusieurs millions de personnes vivent toujours loin de leur domicile. Le Kordofan figure parmi les régions où les déplacements se sont intensifiés avec la reprise des combats.
Faim, déplacements et difficultés d'accès à l'aide
La guerre a également profondément perturbé la production agricole, les marchés et les réseaux d’approvisionnement.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que près de 20 millions de personnes au Soudan sont confrontées à la faim. L’organisation fait parallèlement face à d’importantes contraintes financières, alors que les besoins humanitaires continuent d’augmenter.
Dans le Kordofan, l’accès humanitaire reste particulièrement difficile. Les combats, l’insécurité sur les routes et les restrictions de mouvement compliquent l’acheminement de nourriture, d’eau, de médicaments et d’autres produits essentiels.
La situation autour d’El-Obeid demeure notamment préoccupante en raison du rôle de la ville dans le dispositif humanitaire régional.
Des efforts diplomatiques qui peinent à aboutir
Sur le plan diplomatique, plusieurs initiatives ont été lancées depuis le début de la guerre afin d’obtenir un cessez-le-feu.
En juillet 2026, une proposition soutenue par les États-Unis prévoyait notamment une trêve humanitaire de 90 jours, suivie de discussions sur un cessez-le-feu permanent et une transition politique dirigée par des civils.
Les négociations restent toutefois difficiles. Les deux camps continuent de défendre des conditions différentes pour mettre fin aux combats, tandis que les initiatives internationales n’ont jusqu’ici pas permis d’obtenir un cessez-le-feu durable à l’échelle du pays.
Le 16 septembre, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a de nouveau appelé les États qui fournissent des armes aux parties au conflit à rendre des comptes, soulignant le rôle du soutien extérieur dans la poursuite de la guerre.
Que peuvent changer les nouvelles avancées dans le Kordofan ?
Les gains territoriaux annoncés le 17 septembre pourraient avoir des conséquences sur les axes d’approvisionnement et les mouvements militaires dans le centre-ouest du Soudan.
Le contrôle de localités situées sur les routes reliant El-Obeid, Dilling et les régions occidentales peut notamment permettre à une force de renforcer ses positions et de faciliter ses opérations logistiques.
Mais ces annonces ne permettent pas de conclure à un changement définitif du rapport de force national. La guerre reste active sur plusieurs fronts et les positions militaires peuvent évoluer rapidement.
Alors que les combats se poursuivent et que les initiatives diplomatiques peinent à imposer un cessez-le-feu durable, le Soudan reste confronté à l’une des crises humanitaires les plus graves au monde.
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