Depuis plus d’une décennie, le centre du Sahel est devenu l’un des principaux foyers de violence armée en Afrique. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les groupes jihadistes ont progressivement étendu leur présence au-delà de leurs zones historiques, tandis que les États ont renforcé les opérations militaires et réorganisé leurs alliances. En septembre 2026, les attaques continuent de mettre à l’épreuve les armées nationales, les populations civiles et les économies locales. L’attaque de Dioura, au Mali, illustre une nouvelle fois l’ampleur du défi.
Une crise née au Mali et progressivement étendue à la région
La crise actuelle trouve notamment ses racines dans la rébellion touarègue et l’instabilité politique apparues dans le nord du Mali en 2012. Des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda ont ensuite profité du vide sécuritaire pour renforcer leur présence.
Au fil des années, la violence s’est propagée vers le centre du Mali, puis vers le Burkina Faso et le Niger, particulièrement dans les zones frontalières du Liptako-Gourma.
Des organisations comme le JNIM, lié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Sahel sont aujourd’hui parmi les principaux groupes armés actifs dans la région.
Le Sahel est une vaste bande de territoire située en Afrique, entre le désert du Sahara au nord et les régions plus humides et tropicales au sud.
Des frontières qui facilitent la circulation des groupes armés
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger partagent de vastes zones rurales difficiles à contrôler. Les frontières y sont longues, poreuses et souvent éloignées des capitales.
La région de Tillabéri, dans l’ouest du Niger, constitue notamment une zone de forte activité jihadiste. Elle se trouve au croisement des frontières avec le Mali et le Burkina Faso, créant un espace favorable aux mouvements des groupes armés.
Des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique y sont actifs depuis plusieurs années.
Cette géographie explique en partie pourquoi les opérations militaires peuvent reprendre temporairement certaines localités sans nécessairement empêcher le retour de groupes armés.
Au Mali, l’armée confrontée à une nouvelle offensive
La situation sécuritaire s’est fortement dégradée au Mali en septembre 2026.
Le 10 septembre, le JNIM a attaqué la base militaire de Dioura, dans la région de Mopti. Les chiffres sur les victimes divergent.
Le 21 septembre, Reuters rapportait que deux sources estimaient à plus de 100 le nombre de soldats maliens tués, avec une source sécuritaire évoquant 130 morts et plus de 100 militaires capturés. Le JNIM a, de son côté, revendiqué un bilan de 150 soldats tués. Toutefois, ces chiffres ne sont pas tous vérifiés indépendamment.
L’armée malienne a confirmé avoir subi des pertes et a déclaré avoir mené une opération de représailles pendant plus d’une semaine.
Le même mois, l’aéroport de Sévaré a également été la cible de tirs revendiqués par le JNIM. Reuters rapporte qu’un habitant ayant visité l’hôpital local a vu environ 40 militaires maliens et combattants russes blessés.
Le Burkina Faso face à une guerre prolongée
Au Burkina Faso, la violence jihadiste s’est installée depuis 2015 avant de s’étendre à une grande partie du territoire.
Les autorités militaires ont fait de la lutte contre les groupes armés leur principal argument sécuritaire depuis les coups d’État de 2022. Les Forces de défense et de sécurité sont accompagnées par les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).
Le ministre burkinabè de la Défense, le général Célestin Simporé, déclarait encore le 19 septembre que la guerre n’était pas terminée, tout en affirmant que la situation avait évolué par rapport aux premières années du conflit.
Les groupes jihadistes restent cependant capables de mener des attaques contre les forces de sécurité et les populations.
Au Niger, Tillabéri reste l’un des principaux foyers de violence
Au Niger, la région de Tillabéri demeure particulièrement exposée. Les attaques y sont liées principalement à l’État islamique au Sahel et au JNIM.
La région est également importante parce qu’elle relie plusieurs zones d’insécurité du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Cette situation crée un espace transfrontalier dans lequel les groupes armés peuvent se déplacer, organiser des attaques et exercer des pressions sur les populations rurales.
Les ressources et l’économie au cœur du conflit
La violence ne se limite pas à une confrontation idéologique.
Dans plusieurs zones rurales, les groupes armés cherchent à contrôler les routes, les marchés, les activités économiques et certaines ressources. L’orpaillage artisanal constitue notamment une source importante de revenus dans plusieurs régions du Sahel.
Les groupes armés peuvent également imposer des taxes, des restrictions de circulation ou des prélèvements aux populations et aux commerçants.
La pression sur les axes routiers et les approvisionnements est devenue particulièrement importante au Mali. Des groupes jihadistes ont utilisé le blocus de certains axes et convois de carburant comme moyen de pression économique.
Le changement des alliances militaires
Les trois pays ont connu des coups d’État militaires : Mali en 2020 et 2021, Burkina Faso en 2022 et Niger en 2023.
Leurs dirigeants ont progressivement rompu ou réduit leurs relations militaires avec plusieurs partenaires occidentaux, notamment la France, tout en renforçant leur coopération avec la Russie.
Ils ont également créé l’Alliance des États du Sahel (AES), destinée notamment à renforcer leur coopération en matière de défense et de sécurité.
Cette nouvelle architecture régionale n’a cependant pas fait disparaître les attaques. Plusieurs analyses récentes constatent une persistance, voire une aggravation, de la violence jihadiste dans certaines zones.
Une crise humanitaire qui dépasse les frontières
La crise sécuritaire a provoqué des déplacements massifs.
Selon les données du HCR, le nombre de personnes déplacées de force originaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger a été multiplié par dix en une décennie pour dépasser 3,9 millions à la fin de 2025.
Les données régionales du HCR faisaient état, au 30 juin 2026, de plus de 5 millions de personnes déplacées ou concernées par des mouvements forcés dans l’espace comprenant le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie.
La violence affecte également l’accès à l’éducation, aux soins, aux marchés et aux moyens de subsistance.
Des victimes civiles difficiles à comptabiliser
Le bilan humain global du conflit sahélien reste difficile à établir avec précision en raison de l’étendue du territoire, du manque d’accès à certaines zones et de la multiplication des acteurs armés.
Les militaires et les civils sont régulièrement touchés par les attaques, tandis que certaines opérations de sécurité ont également fait l’objet d’accusations d’abus contre les populations.
Human Rights Watch a notamment documenté des violations graves commises par différents acteurs dans le conflit burkinabè, y compris des forces gouvernementales et des groupes armés.
Il est donc nécessaire de distinguer les bilans confirmés des chiffres avancés par les groupes armés ou les autorités.
Pourquoi la guerre persiste-t-elle ?
Plusieurs facteurs se combinent : faiblesse de la présence de l’État dans certaines zones rurales, pauvreté, conflits fonciers et communautaires, circulation des armes, frontières difficiles à contrôler, radicalisation de certains groupes et capacité des organisations jihadistes à exploiter les frustrations locales.
À cela s'ajoutent les effets du changement climatique, notamment sur l’accès à l’eau et aux terres, qui peuvent aggraver certaines tensions entre communautés.
Le conflit est ainsi devenu beaucoup plus complexe qu’une simple confrontation entre armées nationales et groupes jihadistes.
Une crise devenue régionale
Le Sahel ne constitue plus un ensemble de crises nationales isolées.
Les groupes armés circulent entre les frontières et les conséquences humanitaires se déplacent également d’un pays à l’autre. Le conflit malien influence la sécurité du Niger et du Burkina Faso, tandis que les violences au Burkina peuvent affecter les pays côtiers voisins.
La menace concerne donc désormais une partie beaucoup plus large de l’Afrique de l’Ouest.
Où en est la situation en septembre 2026 ?
La situation demeure particulièrement tendue.
Au Mali, les attaques de septembre contre Dioura et Sévaré montrent que les groupes jihadistes conservent une capacité importante à frapper des positions militaires. Au Burkina Faso, les autorités poursuivent leurs opérations de reconquête et de sécurisation. Au Niger, Tillabéri reste l’une des principales zones de confrontation.
Les gouvernements des trois pays continuent de présenter la coopération au sein de l’AES et avec la Russie comme un élément central de leur stratégie sécuritaire. Mais les attaques et les déplacements de population montrent que la stabilisation du Sahel reste un processus inachevé.
Plus d’une décennie après le début de la crise malienne, le Sahel reste confronté à un conflit qui s’est transformé et étendu. Les groupes jihadistes ont démontré leur capacité d’adaptation, tandis que les États ont profondément modifié leurs stratégies et leurs alliances.
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