En République centrafricaine comme en Libye, les formes de l’instabilité sont différentes. À Bangui, plusieurs années de conflit armé ont progressivement laissé place à une situation plus fragmentée, marquée par des poches d’insécurité, le banditisme et la présence persistante de groupes armés dans certaines zones périphériques. En Libye, la guerre civile ouverte a fortement diminué depuis le cessez-le-feu de 2020, mais la division politique, la présence de forces armées rivales et la concurrence autour des ressources continuent de fragiliser le pays. En septembre 2026, les deux États restent confrontés à la même question : comment transformer des avancées sécuritaires ponctuelles en stabilité durable ?
En Centrafrique, un conflit qui a profondément marqué l’État
La crise centrafricaine s’est aggravée à partir de 2013 avec la prise de Bangui par la coalition Séléka et l’apparition des milices anti-balaka. Le conflit a rapidement pris une dimension politique, communautaire et territoriale, provoquant d’importants déplacements de population.
L’Accord politique pour la paix et la réconciliation signé en 2019 a permis une diminution de certaines formes de confrontation entre le gouvernement et plusieurs groupes armés. La MINUSCA affirme que son accompagnement du processus de désarmement a permis à plus de 6 300 combattants de déposer les armes.
Mais la fin progressive des affrontements de grande ampleur n’a pas signifié la disparition de l’insécurité. Dans certaines régions, les groupes armés, les réseaux criminels et les conflits locaux continuent de peser sur les populations.
Les groupes armés restent présents dans les zones périphériques
L'instabilité est particulièrement sensible dans certaines régions frontalières, notamment la Vakaga, le Haut-Mbomou et le Mbomou. Dans son communiqué du 1er septembre 2026, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a fait état d’une insécurité persistante dans ces zones, liée à des groupes armés résiduels, à des réseaux criminels et à des attaques récurrentes.
La situation de la frontière avec le Soudan constitue également une source de préoccupation. Le conflit soudanais voisin facilite les mouvements de populations, d’armes et de combattants et exerce une pression supplémentaire sur les communautés centrafricaines.
L’attaque du 30 juin 2026 contre Am-Dafock, dans la préfecture de la Vakaga, en est une illustration. La MINUSCA a indiqué que des éléments affiliés au FPRC, au MDRPC et d’autres groupes armés avaient attaqué la localité et pris pour cible sa base temporaire.
Am-Dafock, symbole d’une sécurité encore fragile
Après l’attaque, plus de 17 000 personnes ont trouvé refuge à proximité de la base de la MINUSCA, selon la Mission. Des opérations humanitaires ont ensuite été organisées pour répondre aux besoins des populations déplacées.
Quelques mois plus tard, la situation s’est progressivement calmée, mais la Mission des Nations unies considère toujours la zone comme fragile. Cet épisode montre que, malgré les progrès enregistrés dans certaines parties du pays, l’État centrafricain ne dispose pas encore d’une présence sécuritaire et administrative homogène sur l’ensemble du territoire.
Une présence russe devenue importante
La Russie est devenue un acteur majeur de la sécurité centrafricaine. Les autorités de Bangui ont renforcé leur coopération militaire avec Moscou après le retrait progressif de plusieurs partenaires occidentaux.
Le soutien russe, notamment à travers l’Africa Corps, s’inscrit dans la stratégie sécuritaire du gouvernement centrafricain. Cette coopération est également liée aux intérêts économiques russes dans le pays, notamment autour du secteur minier.
La question des ressources naturelles reste en effet centrale. Or, dans les zones où l’autorité de l’État demeure limitée, l’or et d’autres ressources peuvent alimenter des réseaux informels et contribuer au financement de groupes armés ou criminels.
Une crise humanitaire toujours importante
La violence a laissé un lourd héritage humanitaire. Les données du HCR indiquent qu’au 31 août 2026, plus de 740 000 réfugiés et demandeurs d’asile centrafricains étaient enregistrés dans les pays voisins. Les données disponibles faisaient également état de plus de 433 000 personnes déplacées internes en juillet 2026.
Ces déplacements s’ajoutent aux besoins liés à la pauvreté, à l’insécurité alimentaire et au manque d’accès aux services essentiels. Le HCR souligne que la République centrafricaine demeure confrontée à une crise humanitaire et sécuritaire complexe.
Libye : une guerre moins ouverte, mais une division toujours profonde
La situation libyenne est différente. Le conflit qui a commencé avec la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 s’est transformé en une succession de confrontations entre gouvernements rivaux, forces armées, milices et groupes locaux.
Le cessez-le-feu signé en octobre 2020 a considérablement réduit les combats entre les principales forces rivales. Mais il n’a pas permis de réunifier complètement les institutions politiques et militaires.
Le pays reste notamment marqué par la coexistence d’autorités rivales à l’Est et à l’Ouest, tandis que différentes forces armées conservent une influence importante sur le terrain.
Le pétrole au cœur des rapports de force
Le pétrole constitue l’un des principaux enjeux du conflit libyen. Il représente l’essentiel des revenus du pays et son contrôle donne aux acteurs politiques et militaires un puissant moyen de pression.
En septembre 2026, cette réalité s’est encore manifestée lorsque des membres de la Petroleum Facilities Guard ont interrompu la production dans plusieurs champs pétroliers pour réclamer notamment leur rattachement administratif et financier à la National Oil Corporation.
Selon Reuters, la production nationale restait alors autour de 1,4 million de barils par jour, malgré les perturbations.
Ces épisodes illustrent la manière dont les rivalités institutionnelles et sécuritaires peuvent directement toucher l’économie libyenne.
Des tensions sécuritaires toujours présentes
La situation reste également volatile dans certaines zones de l’Ouest. En mai 2026, des affrontements à Zawiya entre groupes armés rivaux ont fait au moins 13 morts, selon la mission de l’ONU en Libye, et ont temporairement perturbé les activités de la raffinerie locale.
La concurrence pour le contrôle du territoire, des ressources et des institutions demeure donc un facteur important d’instabilité.
En septembre, des informations faisant état d’un renforcement militaire autour de Benghazi et de Syrte ont également alimenté les inquiétudes, même si aucune offensive majeure n’a été officiellement confirmée.
La question migratoire ajoute une autre dimension
La Libye est également devenue un point central des routes migratoires vers l’Europe. Des migrants et réfugiés y sont exposés à la détention arbitraire, aux trafics, aux violences et à l’exploitation.
Le HCR indique que le pays devrait accueillir, entre 2026 et 2030, plus de 700 000 réfugiés et demandeurs d’asile, dont la majorité sont originaires du Soudan.
Un rapport de l’ONU publié en février 2026 a par ailleurs documenté des cas de meurtres, torture, violences sexuelles, traite et travail forcé visant des migrants et réfugiés.
Une tentative de sortie de l’impasse politique
Sur le plan politique, des signes de reprise du processus de transition sont apparus en 2026.
Le 30 août 2026, les parties libyennes réunies dans le cadre du « Smaller Convening », facilité par l’ONU, ont conclu un accord portant notamment sur la recomposition de la Haute Commission électorale et sur des modifications du cadre électoral.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a salué cet accord le 8 septembre, en le présentant comme une étape vers la tenue d’élections présidentielle et législatives dans un délai de deux ans.
Le Parlement libyen a ensuite approuvé cet accord en septembre.
Mais la question essentielle reste celle de l’unification des institutions politiques, militaires et sécuritaires.
Un bilan humain difficile à mesurer
En Libye, il n’existe pas aujourd’hui de bilan unique permettant de résumer l’ensemble des victimes de la crise depuis 2011. Les affrontements ont diminué par rapport aux années les plus violentes, mais les violences locales, les assassinats, les détentions et les abus contre les migrants continuent.
L’ONU a notamment exprimé, le 16 septembre 2026, sa préoccupation après l’exécution de plus de 30 personnes dans l’est du pays au cours des semaines précédentes.
Deux crises qui rappellent les limites d’une paix uniquement militaire
La Centrafrique et la Libye montrent deux trajectoires différentes. En RCA, la priorité reste l’extension de l’autorité de l’État et la consolidation des progrès réalisés après des années de guerre. Et, en Libye, l’enjeu principal est la réunification politique et institutionnelle d’un pays où le cessez-le-feu a réduit les combats sans faire disparaître les divisions.
Dans les deux cas, la stabilité dépend donc autant de la sécurité que de la capacité des institutions à fonctionner, à fournir des services publics et à intégrer les populations et les acteurs locaux dans un processus politique durable.
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