On parle beaucoup de la rentrée scolaire, des frais de scolarité, des uniformes, des livres, des fournitures et des difficultés économiques auxquelles les familles sont confrontées. Mais derrière tous ces chiffres et toutes ces préoccupations, il existe une réalité dont on parle beaucoup moins : le travail quotidien des parents qui se lèvent avant l’aube pour préparer leurs enfants à aller à l’école. Un travail souvent silencieux, rarement reconnu et pourtant essentiel au bon déroulement de la journée scolaire.

 

Dans certaines écoles où les cours commencent à 7 heures du matin, la journée de certains parents débute bien avant le lever du soleil. À 3 heures, parfois même avant, des mères sont déjà debout. Pendant que la maison est encore plongée dans le sommeil, elles entrent dans la cuisine, réfléchissent au menu du jour, préparent le repas, font la vaisselle et organisent ce qui doit être mis dans les boîtes à lunch. Elles ne préparent pas seulement un repas : elles essaient de faire en sorte que leurs enfants puissent commencer leur journée avec quelque chose dans le ventre et, si possible, avoir également de quoi manger pendant la récréation.

 

Une fois cette première tâche accomplie, une autre commence. Il faut réveiller les enfants, leur donner un bain, préparer leurs vêtements, vérifier les uniformes, arranger les cheveux des filles, préparer les sacs et s'assurer que les cahiers nécessaires sont bien là. Parfois, quelques minutes sont également consacrées aux leçons. Une mère peut s'asseoir à côté de son enfant pour relire un texte, revoir un exercice ou simplement l'encourager avant qu'il ne quitte la maison. Tout cela se fait dans un temps extrêmement court, avec la pression de l'heure qui avance et l'école qui n'attend pas.

 

Pour certaines mères, notamment celles qui élèvent seules leurs enfants, cette routine représente une charge considérable. Elles doivent être à la fois parent, éducatrice, cuisinière, accompagnatrice et pourvoyeuse de ressources. Une fois les enfants conduits à l'école, elles ne rentrent pas nécessairement se reposer. Certaines prennent immédiatement la direction d'un bureau, d'un commerce ou d'une autre activité professionnelle. Leur journée de travail commence donc après plusieurs heures déjà consacrées aux besoins de leurs enfants.

 

Quand le manque de moyens alourdit encore le sacrifice

 

Pour les mères qui n'ont pas eu la possibilité de fréquenter longtemps l'école, une autre difficulté peut s'ajouter à cette réalité. Elles souhaitent accompagner leurs enfants dans leurs études, mais ne disposent pas toujours des connaissances nécessaires pour les aider à comprendre une leçon ou à corriger un exercice. Pourtant, elles ne renoncent pas. Elles cherchent quelqu'un dans leur entourage, demandent de l'aide, encouragent leurs enfants et font avec les moyens dont elles disposent.

Pour certaines d'entre elles, la préparation de la journée scolaire est suivie d'une autre journée de travail. Elles doivent se rendre au marché, au jardin ou dans un petit commerce afin de trouver de quoi nourrir la famille. Elles se lèvent comme toutes les autres mères, avec parfois très peu de ressources, et cherchent malgré tout à offrir à leurs enfants quelque chose à manger avant de partir à l'école.

Mais tous les jours ne se ressemblent pas. Il arrive que les moyens ne suffisent pas pour préparer une boîte à lunch. L'enfant part alors à l'école avec peu ou rien à manger pendant la récréation. Ce manque ne traduit pas nécessairement un manque d'amour ou d'attention. Il témoigne parfois simplement de la difficulté de parents qui font tout ce qu'ils peuvent avec des ressources limitées.

 

Quand le soutien transforme une lourde responsabilité en effort partagé

 

Dans certaines familles, ces mères peuvent compter sur leurs maris. Des pères qui comprennent que derrière chaque matin d'école se trouve un véritable travail et qui acceptent de prendre leur part de responsabilité. Ils peuvent aider à préparer les enfants, à cuisiner, à faire la vaisselle, à vérifier les cahiers ou simplement à prendre en charge une partie des tâches afin que la mère puisse souffler un peu.

 Ce soutien ne supprime pas les difficultés, mais il permet de les porter à deux. Parce que préparer un enfant pour l'école ne devrait pas être considéré comme la responsabilité exclusive de la mère. L'éducation et le bien-être des enfants sont une responsabilité familiale.

 

Par ailleurs, il existe également des pères célibataires qui assument seuls cette réalité. Ils apprennent à gérer les repas, les devoirs, les bains, les uniformes et toutes les autres exigences du quotidien. Certains se retrouvent face à des tâches qu'ils ne maîtrisent pas forcément. Lorsqu'il s'agit, par exemple, de coiffer une petite fille, ils peuvent demander l'aide d'une voisine ou d'une proche. Ils apprennent, s'adaptent et avancent, simplement parce que leurs enfants comptent sur eux.

 

Des enfants qui voient plus qu'on ne le pense

 

Ces enfants grandissent parfois avec peu. Ils n'ont pas toujours les fournitures les plus coûteuses, les repas les plus copieux ou toutes les choses que d'autres enfants peuvent avoir. Mais beaucoup d'entre eux observent leurs parents et comprennent progressivement ce que ces derniers font pour eux.

Ils voient les réveils avant l'aube. Ils voient les parents rentrer fatigués. Ils savent que l'argent dépensé pour leurs études ne tombe pas du ciel. Ils comprennent que derrière une boîte à lunch, un uniforme, une paire de chaussures ou un cahier se trouvent parfois des heures de travail et des sacrifices.

 

C'est peut-être cela que l'on oublie lorsqu'on parle de la rentrée scolaire : avant que l'enfant ne franchisse le portail de l'école, quelqu'un a déjà beaucoup travaillé pour lui permettre d'y arriver.

À 7 heures du matin, l'enfant entre en classe. Mais pour son parent, la journée a peut-être commencé quatre heures plus tôt.

 

Et pendant que l'enfant apprend ses premières leçons de la journée, son père ou sa mère est déjà au travail, au marché, dans un jardin, dans un commerce ou derrière un bureau, poursuivant le même objectif : donner à son enfant une chance de construire un avenir meilleur.

 

La rentrée scolaire ne se résume donc pas à une date inscrite sur un calendrier. Pour de nombreuses familles, elle représente des nuits écourtées, des réveils à 3 heures du matin, des sacrifices financiers, des journées interminables et surtout, un amour qui se traduit par des gestes que personne ne voit, mais dont les enfants bénéficient chaque jour.