Depuis plus de 5 ans, la population haïtienne vit sous l'emprise des groupes armés. Des hommes qui, sans distinction, terrorisent des habitants, les contraignent à fuir leurs quartiers, pillent leurs maisons, incendient leurs biens et détruisent des vies entières sur une portion du territoire national. Du jour au lendemain, des milliers de familles se retrouvent obligées d'abandonner leur domicile, parfois sans même savoir où elles pourront trouver refuge. La peur, les menaces et l'incertitude sont devenues le quotidien de nombreuses communautés.

 

Mais depuis ce mi-octobre, le paysage semble prendre une autre tournure. Alors que les forces de l'ordre multiplient les opérations pour traquer les groupes armés, une partie de la population exprime ouvertement son soutien aux interventions menées contre les gangs. Sur les réseaux sociaux comme dans les discussions quotidiennes, les réactions de satisfaction se multiplient. Pour beaucoup, voir les hommes armés subir à leur tour la pression des opérations représente un changement longtemps espéré.

 

La Plaine du Cul-de-Sac, nouveau théâtre des affrontements

 

Depuis quelque temps, la Plaine du Cul-de-Sac est devenue l'un des principaux théâtres des opérations contre les groupes armés. La Police Nationale d'Haïti (PNH), accompagnée de la Force de Répression des Gangs (FRG) et de soldats salvadoriens, poursuit ses interventions dans le but de reprendre le contrôle des zones occupées par les groupes criminels.

 

À la suite de la disparition des quatre techniciens salvadoriens, la situation a pris une nouvelle dimension. Le président salvadorien, Nayib Bukele, a rapidement réagi en annonçant le lancement d'une opération militaire pour retrouver ses compatriotes. Dans un message adressé directement aux chefs de gangs haïtiens, il a également lancé un avertissement sans équivoque, affirmant que son pays avait déjà réussi à combattre les gangs sur son territoire et qu'il pouvait en faire autant en Haïti. 

 

Hélicoptères dans le ciel, véhicules blindés sur les routes, drones kamikazes, détonations et échanges de tirs, la Plaine du Cul-de-Sac est désormais marquée par une atmosphère de confrontation presque permanente. 

 

Entre les tirs, les déplacements et les victimes signalées dans la population civile, les riverains restent exposés aux dangers de ces affrontements.

 

Quand la peur semble changer de camp

 

Une réalité attire particulièrement l'attention ceux qui, pendant des années, ont imposé la terreur à des milliers de familles semblent aujourd'hui confrontés à une pression qu'ils faisaient autrefois subir aux autres.

 

Les réactions de certains habitants traduisent ce sentiment. Pour eux, voir les groupes armés reculer, se cacher ou être contraints de faire face aux interventions des forces de l'ordre représente une situation inhabituelle après tant d'années de domination et de violences.

 

Dans les commentaires qui circulent autour de ces opérations, plusieurs voix expriment leur satisfaction de voir les autorités passer à l'action. Certains estiment que les hommes armés goûtent enfin à une partie de cette insécurité qu'ils ont fait subir à la population pendant des années. D'autres, tout en saluant les interventions, rappellent que « la population civile ne doit pas devenir la principale victime de cette bataille ».

 

Car derrière les images de véhicules blindés et les opérations militaires, il y a aussi des familles qui vivent dans l'angoisse, des enfants qui grandissent au milieu des détonations et des habitants qui souhaitent simplement retrouver la tranquillité de leurs quartiers.

 

Une population entre espoir et inquiétude

 

Si certains voient dans cette intensification des opérations un possible tournant dans la lutte contre l'insécurité, d'autres restent prudents. Les Haïtiens ont déjà connu de nombreuses annonces et interventions sans que la paix ne s'installe durablement dans leurs communautés.

 

La question dépasse donc le simple fait de savoir qui a peur aujourd'hui. Il s'agit surtout de savoir si ces opérations permettront véritablement de rétablir la sécurité, de protéger les civils et de favoriser le retour des milliers de personnes contraintes de vivre loin de chez elles.

 

La peur a-t-elle réellement changé de camp ?

 

Peut-être. Mais une chose demeure certaine : après tant d'années de terreur, la population haïtienne ne réclame pas simplement de voir les groupes armés fuir à leur tour. Elle réclame de pouvoir dormir sans entendre des rafales, circuler librement, retrouver ses maisons et vivre sans craindre le lendemain.

 

Car le véritable changement de camp de la peur serait celui où aucun citoyen n'aurait plus à vivre sous sa domination. La population ne veut plus seulement voir les armes se retourner contre ceux qui l'ont terrorisée. Elle veut enfin retrouver le droit de vivre en paix.