Plus de 720 000 personnes meurent par suicide chaque année dans le monde. Derrière cette statistique se trouvent des vies marquées par la souffrance, l’isolement, les crises et parfois l’absence d’accès à une aide adaptée. Si le phénomène demeure complexe et difficile à mesurer dans de nombreux pays, l’Organisation mondiale de la Santé rappelle qu’il peut être prévenu.

 

Un problème de santé publique mondial

 

Le suicide constitue un important problème de santé publique. L’Organisation mondiale de la Santé estime que plus de 720 000 personnes meurent par suicide chaque année. Les dernières estimations mondiales disponibles, publiées en 2025 et portant sur l’année 2021, font état de 727 000 décès par suicide. Il s’agit donc de la dernière estimation mondiale disponible, et non d’un bilan pour 2025 ou 2026.

 

En 2021, le suicide représentait la troisième cause de décès chez les personnes âgées de 15 à 29 ans dans le monde. Plus de la moitié des décès par suicide survenaient avant l’âge de 50 ans et 73 % concernaient des pays à revenu faible ou intermédiaire.

 

Les décès ne représentent toutefois qu’une partie du problème. Pour chaque suicide, il existe de nombreuses tentatives de suicide. L’OMS souligne notamment qu’une tentative antérieure constitue un important facteur de risque.

 

Un phénomène qui n’a pas une seule explication

 

Contrairement à certaines idées reçues, un suicide ne peut généralement pas être attribué à une seule cause.

 

Le phénomène du suicide est multidimensionnel. Des facteurs sociaux, culturels, biologiques, psychologiques et environnementaux peuvent se combiner au cours de la vie d’une personne. La dépression et les troubles liés à la consommation d’alcool sont associés au risque suicidaire, mais les conduites suicidaires ne concernent pas uniquement les personnes ayant reçu un diagnostic de trouble mental.

 

Certaines personnes peuvent également se retrouver en situation de crise après des difficultés financières, un conflit relationnel, un deuil, des violences, des abus, une maladie chronique, des douleurs persistantes ou un profond sentiment d’isolement. D'ailleurs, certains suicides surviennent de manière impulsive, dans des moments où la personne ne parvient plus à faire face à une situation particulièrement éprouvante.

 

Cette complexité explique pourquoi il est risqué de présenter publiquement un suicide comme la conséquence directe d’un seul événement.

 

Les crises peuvent aggraver la vulnérabilité

 

Les guerres, catastrophes, violences, déplacements forcés et autres situations d’urgence peuvent également fragiliser la santé mentale des populations.

 

L’OMS associe notamment les conflits, les catastrophes, les violences, les maltraitances, les pertes et l’isolement à un risque accru de comportements suicidaires. Les personnes confrontées à la discrimination ou appartenant à certains groupes vulnérables peuvent également être davantage exposées.

 

Cette réalité peut être observée dans différentes régions du monde, y compris en Haïti, où les violences, les déplacements et les crises successives ont créé d’importants besoins en matière de soutien psychosocial. 

 

Le silence reste un obstacle majeur

 

Parler du suicide demeure difficile dans de nombreuses sociétés. La honte, la peur du jugement et la stigmatisation des troubles mentaux peuvent empêcher certaines personnes en détresse de demander de l’aide.

 

L’OMS considère cette stigmatisation comme l’un des obstacles importants à la prévention. Beaucoup de personnes qui envisagent de se suicider ou qui ont déjà fait une tentative ne recherchent pas l’aide dont elles auraient besoin.

 

Briser le silence ne signifie pas banaliser le suicide. Il s’agit plutôt de permettre aux personnes en souffrance de parler de ce qu’elles traversent sans être automatiquement jugées ou rejetées.

 

Prévenir, c’est intervenir avant le drame

 

L’OMS insiste sur un principe essentiel : le suicide peut être prévenu.

 

Son initiative LIVE LIFE recommande plusieurs interventions fondées sur des données probantes. Elles comprennent notamment la limitation de l’accès aux moyens de suicide, une couverture médiatique responsable, le développement des compétences socioémotionnelles chez les adolescents ainsi que l’identification précoce, la prise en charge et le suivi des personnes présentant des conduites suicidaires.

 

La prévention ne relève donc pas exclusivement du secteur médical. Elle nécessite la participation de plusieurs secteurs, notamment la santé, l’éducation, la justice, le travail, les communautés et les médias.

 

Le rôle de l’entourage

 

Lorsqu’une personne traverse une période de profonde détresse, son entourage peut jouer un rôle important.

 

Écouter sans juger, prendre au sérieux une souffrance exprimée et encourager la personne à rechercher une aide professionnelle peuvent contribuer à rompre l’isolement.

 

Un proche n’a cependant pas vocation à remplacer un professionnel de santé mentale. Lorsqu’une personne semble exposée à un danger immédiat, il est nécessaire de rechercher rapidement une aide professionnelle ou les services d’urgence disponibles dans son pays.

 

Les médias ont aussi une responsabilité

 

La prévention concerne aussi les journalistes.

 

Les médias peuvent renforcer ou affaiblir les efforts de prévention du suicide. La diffusion répétée ou sensationnaliste de récits de suicide peut avoir des effets négatifs, tandis que les contenus mettant en avant le rétablissement et la recherche d’aide peuvent contribuer positivement à la prévention.

 

Donc, il est recommandé aux professionnels des médias d’éviter le sensationnalisme, de ne pas présenter le suicide comme une solution à un problème et de ne pas publier de détails susceptibles d’augmenter les risques d’imitation. 

 

À l’ère des réseaux sociaux, cette responsabilité est devenue encore plus importante. Une information publiée par un média peut être reproduite et partagée à grande échelle en quelques minutes, y compris auprès de personnes dont la vulnérabilité n’est pas connue.

 

Des données encore insuffisantes

 

Un autre défi concerne la qualité des statistiques.

 

L’OMS souligne que les données sur le suicide restent insuffisantes ou de qualité variable dans de nombreux pays. Pour les estimations de 2021, seules 86 des 183 États Membres pour lesquels des estimations ont été produites disposaient de données d’enregistrement des décès considérées comme suffisamment fiables pour être utilisées directement dans l’estimation des taux.

 

La stigmatisation et, dans certains pays, la criminalisation des comportements suicidaires peuvent contribuer à la sous-déclaration ou à la mauvaise classification des décès. Améliorer les systèmes d’enregistrement et de surveillance est donc essentiel pour mieux comprendre le phénomène et orienter les politiques publiques.

 

Changer le regard sur le suicide

 

À l’occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide, célébrée chaque 10 septembre, l’OMS et ses partenaires mettent l’accent, pour la période 2024-2026, sur le thème « Changer le regard sur le suicide ». L’objectif est notamment de combattre les idées reçues, réduire la stigmatisation et favoriser des conversations ouvertes, bienveillantes et responsables.

 

Changer le regard signifie aussi comprendre que parler de prévention ne revient pas à glorifier le suicide. Au contraire, une information responsable peut contribuer à orienter une personne en détresse vers l’aide dont elle a besoin.