Le nouveau rapport du Groupe d’experts de l’ONU livre une mesure particulièrement lourde du coût humain de la crise sécuritaire en Haïti. Entre octobre 2025 et avril 2026, 3 165 personnes ont été tuées et 1 551 blessées dans des violences armées. Derrière ces chiffres se dessine une crise qui dépasse largement les affrontements entre gangs et qui touche directement les populations civiles.
Selon les données présentées dans le rapport publié ce début octobre, 65 % des victimes recensées pendant cette période l’ont été dans le cadre d’opérations de sécurité. Les attaques attribuées aux gangs représentent 30 % des victimes, tandis que 5 % sont associées à des actes imputables aux groupes de légitime défense ou à la justice populaire. La très grande majorité des victimes ont été touchées par des armes à feu.
Ces chiffres interviennent dans un contexte de déplacements massifs. Le Groupe d’experts indique que les nouvelles vagues de violences à Port-au-Prince et dans l’Artibonite ont contribué à porter à environ 1,5 million le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays, soit près de 12 % de la population. Pour l’ONU, le déplacement ne constitue pas seulement une conséquence de la violence : il accroît également la vulnérabilité des populations exposées à d’autres violations des droits humains.
Le rapport documente parallèlement plusieurs catégories de violences attribuées aux gangs. Il fait état d’homicides, d’enlèvements contre rançon, de violences sexuelles et fondées sur le genre, de recrutement forcé d’enfants, de destruction de biens et d’extorsion. Les experts soulignent que ces violations ne concernent pas uniquement les territoires directement associés aux principaux gangs sanctionnés par l’ONU, mais également d’autres zones où de nouveaux groupes armés continuent d’opérer.
La situation est également aggravée par les conséquences humanitaires de l’insécurité. Les violences perturbent l’accès à l’aide humanitaire et aux services essentiels, notamment à l’éducation et aux soins de santé. Dans plusieurs secteurs, des établissements de santé et des organisations humanitaires ont dû fermer ou réduire leurs activités en raison de l’insécurité.
Au-delà du bilan statistique, ces données traduisent donc une réalité plus profonde : la violence armée continue de remodeler la vie quotidienne en Haïti. Les victimes ne sont pas seulement celles qui se retrouvent directement prises dans les affrontements.
Les déplacements, la fermeture des services essentiels, la destruction des logements et la perte des moyens de subsistance prolongent les conséquences de chaque épisode de violence bien après la fin des tirs.
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