Les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis traversent une nouvelle zone de turbulences. Alors que les deux pays entretiennent l’une des plus importantes relations commerciales bilatérales au monde, évaluée à près de 900 milliards de dollars en 2025, l’entrée en vigueur de nouveaux tarifs douaniers américains et de contre-tarifs canadiens fait craindre une confrontation commerciale prolongée.

 

Selon le Premier ministre canadien Mark Carney, les mesures de représailles adoptées par Ottawa, qualifiées de mesures « dollar pour dollar », concernent plusieurs centaines de produits importés des États-Unis. De son côté, Donald Trump a multiplié les menaces commerciales à l’égard de son voisin du Nord, allant jusqu’à évoquer à plusieurs reprises la possibilité que le Canada devienne le « 51e État » américain.

 

Des droits de douane qui frappent plusieurs secteurs

 

L’administration Trump s’appuie notamment sur l’article 338 de la loi tarifaire américaine de 1930 pour imposer de nouveaux droits de douane pouvant atteindre 50 % sur certaines marchandises canadiennes.

 

Les mesures touchent notamment les secteurs de l’automobile, de l’acier et de l’aluminium, mais également les produits forestiers, les boissons alcoolisées et certains produits laitiers. Selon les données présentées dans les analyses consultées, les droits concernés représentent plusieurs dizaines de milliards de dollars de marchandises canadiennes.

 

Ottawa a réagi en imposant à son tour des droits sur une série de produits américains. Ces contre-tarifs, entrés en vigueur le 8 septembre, concernent notamment l’acier, les meubles et certains vêtements en coton. Leur objectif est à la fois économique et politique : protéger les travailleurs et les entreprises canadiennes tout en exerçant une pression sur Washington.

 

Ottawa cherche à maintenir la pression

 

La ministre canadienne de l’Industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le gouvernement entendait agir de manière stratégique, notamment en ciblant certains États américains afin d’accroître la pression politique sur l’administration Trump.

 

Pour Ottawa, ces mesures ne constituent donc pas uniquement une réponse économique. Elles doivent également servir de levier dans les éventuelles discussions à venir avec Washington.

 

Le gouvernement canadien se prépare ainsi à un bras de fer qui pourrait s’inscrire dans la durée, alors que les négociations commerciales entre les deux pays ont échoué à la fin du mois d’août.

 

Un risque de division au Canada

 

Cette confrontation pourrait toutefois avoir des conséquences politiques à l’intérieur même du Canada.

 

La politologue Geneviève Tellier estime que le ciblage de certains secteurs risque de fragiliser le front commun affiché jusqu’ici par les provinces canadiennes derrière le gouvernement de Mark Carney. Selon elle, les effets différenciés des tarifs pourraient accentuer les divergences entre les provinces.

 

La Colombie-Britannique, le Québec et l’Ontario figurent parmi les régions les plus exposées aux conséquences de la guerre commerciale, notamment en raison de leur forte concentration industrielle. Les provinces des Prairies et de l’Atlantique sont, pour leur part, relativement moins touchées grâce à certaines exemptions concernant notamment les matières premières, dont le pétrole et le gaz.

 

Washington et Ottawa disent vouloir un accord

 

Malgré l’escalade, les deux gouvernements affirment toujours souhaiter parvenir à une entente.

 

Mark Carney a déclaré que le Canada restait disposé à reprendre les discussions afin de parvenir à un accord « durable » et conforme aux intérêts des deux pays.

 

« Nous sommes prêts à nous asseoir à la table des négociations et à conclure cet accord lorsque les Américains seront prêts », a affirmé le Premier ministre canadien.

 

Washington adopte toutefois une position différente. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, estime que la prochaine initiative doit venir du Canada. Dans une interview à Fox News, il a affirmé que les États-Unis avaient présenté leur meilleure offre avant que les Canadiens ne se retirent des discussions.

 

Greer a également averti que de nouvelles représailles américaines pourraient être envisagées si Ottawa poursuivait sa politique tarifaire.

 

Une opinion publique canadienne favorable à Carney

 

La position de Mark Carney semble bénéficier d’un soutien important au sein de la population canadienne. Selon un sondage récent cité dans les analyses consacrées au conflit commercial, trois Canadiens sur quatre approuveraient la décision du Premier ministre de rejeter l’entente proposée par Washington.

 

Ottawa cherche parallèlement à réduire sa dépendance envers le marché américain. Le gouvernement canadien a notamment présenté un plan visant à doubler, au cours de la prochaine décennie, les exportations du pays vers des marchés autres que celui des États-Unis.

 

Cette stratégie traduit une volonté de diversifier les partenaires commerciaux du Canada face à l’incertitude créée par les décisions de l’administration Trump.

 

Une succession de menaces

 

Les tensions actuelles s’inscrivent dans une série de confrontations qui se sont multipliées au cours de l’année.

 

Donald Trump a notamment menacé d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur certains produits canadiens si Ottawa renforçait ses relations commerciales avec la Chine. Il a également évoqué une éventuelle taxe de 50 % sur les avions canadiens vendus aux États-Unis ainsi que des mesures susceptibles d’affecter certains projets d’infrastructures entre les deux pays.

 

Plus récemment, le président américain a encore durci le ton, promettant d’augmenter les droits de douane visant la production canadienne d’acier et le secteur automobile.

 

De son côté, Mark Carney a rejeté l’idée selon laquelle le Canada devrait se comporter comme une simple extension de l’économie américaine.

 

Pour le Premier ministre canadien, les négociations ne peuvent se dérouler sur la base d'un rapport de force dans lequel Ottawa serait considéré comme une « filiale des États-Unis ».

 

De nouvelles mesures américaines

 

La confrontation s’est encore aggravée avec la signature par Donald Trump de nouveaux décrets tarifaires.

 

Ces mesures prévoient notamment de restreindre ou de bloquer l’importation de certains produits canadiens, parmi lesquels certaines motos, des produits laitiers et des boissons alcoolisées. Elles interviennent après l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens le 8 septembre.

 

Cette nouvelle escalade montre que les conséquences de l’échec des négociations pourraient dépasser largement les mesures initialement annoncées.

 

La guerre commerciale risque ainsi de s’étendre à de nouveaux secteurs et d’accroître les pressions exercées sur les entreprises des deux côtés de la frontière.

 

Vers une confrontation durable ?

 

Après plusieurs semaines de discussions qui avaient laissé entrevoir des possibilités de compromis, les négociations entre Ottawa et Washington se sont finalement enlisées.

 

Les deux pays restent pourtant fortement interdépendants sur le plan économique. C’est précisément cette proximité commerciale qui rend l’escalade particulièrement préoccupante pour les entreprises, les travailleurs et les consommateurs.

 

Pour le Canada, le défi consiste désormais à défendre ses intérêts économiques et sa souveraineté tout en évitant qu’une guerre commerciale prolongée ne fragilise davantage son économie.

 

Pour les États-Unis, l’enjeu est de maintenir la pression sur un partenaire commercial majeur sans provoquer des perturbations importantes dans les chaînes d’approvisionnement nord-américaines.

 

À ce stade, aucune reprise formelle des négociations ne semble avoir permis de sortir les deux pays de l’impasse. Une chose apparaît toutefois clairement : après l’échec des pourparlers, le conflit commercial entre le Canada et les États-Unis est entré dans une phase beaucoup plus tendue.