Pour les habitants du Grand Sud, se rendre à Port-au-Prince ou en revenir est devenu un véritable parcours du combattant. Depuis près de deux ans, la Route nationale n° 2, l’un des principaux axes reliant la capitale aux départements du Sud, du Sud-Est, des Nippes et de la Grand’Anse, est difficilement praticable dans plusieurs secteurs en raison de l’insécurité. Ce qui était autrefois un trajet difficile, mais relativement accessible, est désormais devenu une épreuve qui oblige les voyageurs à repenser complètement leurs déplacements.
Pour quitter Les Cayes, Jacmel, Miragoâne ou la Grand’Anse et rejoindre Port-au-Prince, de nombreux habitants se tournent désormais vers le transport maritime. Ils doivent notamment se rendre au port de Petit-Goâve, dans l’espoir de trouver une embarcation à destination de la capitale. Le bateau est ainsi devenu une alternative indispensable pour ceux qui veulent éviter certains axes terrestres considérés comme dangereux.
Mais cette alternative est loin d’être simple. Dès les premières heures de la journée, les voyageurs arrivent au port sans savoir s’ils pourront embarquer. Certains viennent de loin, après avoir eux-mêmes pris des risques pour atteindre Petit-Goâve. Une fois sur place, commence une longue attente, rythmée par l’arrivée des bateaux, le chargement des marchandises et l’organisation de l’embarquement des passagers.
À l’intérieur des embarcations, les voyageurs partagent souvent l’espace avec différentes marchandises transportées entre les régions. Pour ceux qui cherchent simplement à rentrer chez eux ou à rejoindre leurs proches, le voyage devient alors une succession d’attentes et d’incertitudes. Et lorsqu’il n’y a plus de place, certains doivent attendre le prochain bateau, sans savoir combien de temps cette attente va durer.
À Port-au-Prince, la situation est pratiquement identique. Les habitants de Jérémie et d’autres localités qui souhaitent regagner leur région doivent se rendre très tôt au port de l’Autorité portuaire nationale (APN). Beaucoup arrivent avant le lever du jour, dans l’espoir de pouvoir monter à bord. Mais être présent au port ne garantit pas une place.
Les passagers doivent parfois patienter jusqu’à l’arrivée d’une embarcation et attendre la fin du chargement des marchandises avant de pouvoir espérer embarquer. Lorsque le bateau est complet, le voyage est reporté. Certains n’ont alors d’autre choix que de passer la nuit dans les environs du port et de revenir le lendemain.
Cette situation montre à quel point l’insécurité sur les routes a bouleversé les habitudes de déplacement. Un trajet qui, il y a encore quelques années, pouvait être effectué par voie terrestre en relativement peu de temps est aujourd’hui remplacé par un parcours beaucoup plus long, incertain et éprouvant.
Des routes alternatives qui ne garantissent plus la sécurité
Face à la paralysie de la Route nationale n° 2, les habitants ont également cherché d’autres itinéraires terrestres. Certains passent désormais par des voies secondaires pour contourner les zones les plus dangereuses et rejoindre notamment Dégan.
Mais ces alternatives sont elles aussi confrontées à l’insécurité. Ces derniers jours, des actes de violence attribués à des hommes armés auraient fait plusieurs victimes parmi des chauffeurs de taxi-moto et des passagers. Des véhicules auraient également été incendiés. Face à cette situation, de nombreux habitants ont dû réduire ou suspendre leurs déplacements dans cette zone.
Pour une population déjà fragilisée, le choix devient particulièrement difficile : prendre la route et risquer de tomber sur des hommes armés, ou prendre la mer et affronter l’attente, l’incertitude et les conditions difficiles du transport maritime.
Par ailleurs, ce lundi 10 août 2026, Petit-Goâve a été le théâtre d’une nouvelle manifestation de mécontentement. Des habitants, présents depuis très tôt, attendaient l’arrivée d’un bateau en provenance de Port-au-Prince. Derrière cette mobilisation se trouve un sentiment d’abandon qui gagne une population contrainte de trouver elle-même des solutions pour continuer à circuler.
Pour ces voyageurs, le problème ne se limite plus au transport. Il touche directement leur quotidien : rejoindre leur famille, aller travailler, transporter des marchandises ou accéder à des services essentiels devient une véritable épreuve.
Dans un pays où l’insécurité continue de gagner du terrain et où plusieurs axes routiers stratégiques sont devenus difficiles, voire impossibles, à emprunter, la situation du Grand Sud pose une question essentielle : où est l’État ? La réouverture et la sécurisation de la Route nationale n° 2 ne représentent pas uniquement un enjeu routier. Elles sont indispensables au fonctionnement économique et social de plusieurs départements du pays. Tant que cette liaison restera paralysée, des milliers de citoyens continueront de dépendre de solutions de fortune pour se déplacer.
Alors que le pays se dirige vers les élections, les habitants du Grand Sud attendent, eux, des réponses concrètes. Avant même de parler de retour à la normale, ils veulent pouvoir circuler librement, rejoindre leurs proches et emprunter les routes de leur propre pays sans avoir à craindre pour leur vie.
Aujourd’hui, pour une partie de la population haïtienne, la mer n’est plus seulement un moyen de transport. Elle est devenue la seule porte de sortie face à des routes que l’État ne parvient plus à sécuriser.
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