Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement engagé leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI) en juin 2026. Le Tchad et le Venezuela leur ont emboîté le pas en juillet, tandis que le Burundi et les Philippines constituent les principaux précédents de retraits devenus effectifs. Cette succession de décisions ravive le débat sur l'avenir de la justice pénale internationale, particulièrement en Afrique.

 

Le 18 juin 2026, le Niger, puis les 24 juin le Burkina Faso et le Mali, ont officiellement notifié au secrétaire général des Nations unies leur décision de se retirer du Statut de Rome, texte fondateur de la Cour pénale internationale (CPI). Cette démarche est intervenue plusieurs mois après l'annonce politique faite par les trois États membres de l'Alliance des États du Sahel (AES), le 22 septembre 2025.

 

Contrairement à ce que pourrait laisser entendre une annonce de retrait, ces trois pays n'ont pas encore juridiquement quitté la CPI. Conformément à l'article 127 du Statut de Rome, leur retrait prendra effet un an après la notification officielle. Le retrait du Niger doit ainsi prendre effet en juin 2027, tandis que ceux du Burkina Faso et du Mali interviendront également en juin 2027.

 

Cette décision est dénoncée par plusieurs organisations de défense des droits humains. Pour Marceau Sivieude, directeur régional d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale, le retrait des trois États risque de priver de nombreuses victimes de crimes internationaux d'une possibilité de rechercher vérité, justice et réparation. Amnesty estime que plusieurs crimes documentés dans les conflits qui touchent ces pays pourraient relever de la compétence de la CPI.

 

Une nouvelle étape dans la stratégie de rupture de l'AES

 

Le retrait de la CPI s'inscrit dans une stratégie plus large de redéfinition des relations extérieures menée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger depuis plusieurs années.

 

Les trois États, dirigés par des régimes militaires, ont déjà rompu avec plusieurs organisations qu'ils considèrent comme trop proches des puissances occidentales. Leur retrait de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) est devenu effectif en janvier 2025. Ils ont également annoncé leur retrait de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en mars 2025.

 

Cette politique ne signifie toutefois pas un isolement complet sur la scène internationale. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger demeurent membres de plusieurs organisations africaines, notamment la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD) et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

 

Dans le cas de la CPI, les autorités des trois pays dénoncent notamment ce qu'elles considèrent comme une politisation de la justice pénale internationale et une utilisation de la Cour comme instrument de pression contre certains États africains.

 

Du Burundi aux États du Sahel, une défiance qui s'inscrit dans le temps

 

Le précédent le plus important reste celui du Burundi, devenu en 2017 le premier État à quitter effectivement la CPI. À l'époque, cette décision intervenait dans un contexte de fortes tensions entre Bujumbura et la communauté internationale, alors que le procureur de la CPI avait annoncé l'ouverture d'une enquête sur des crimes présumés commis au Burundi.

 

Le cas burundais n'est cependant pas resté isolé. Les Philippines ont également quitté la CPI en 2019, après avoir notifié leur retrait en 2018. Cette décision était intervenue dans un contexte de tensions liées notamment à l'ouverture, en 2018, d'un examen préliminaire concernant la campagne antidrogue menée sous la présidence de Rodrigo Duterte.

 

D'autres États ont envisagé une sortie avant de revenir sur leur décision. L'Afrique du Sud et la Gambie avaient ainsi annoncé leur intention de se retirer en 2016, avant d'abandonner leurs démarches à la suite d'évolutions politiques et juridiques internes.

 

Ces précédents ont contribué à rendre la possibilité d'un retrait moins exceptionnelle et ont alimenté le débat sur la place de la CPI dans le système international.

 

Une décision annoncée en 2025, mais officialisée en 2026

 

La décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger ne constitue donc pas un changement soudain de position.

 

Le 22 septembre 2025, les trois États avaient déjà annoncé leur volonté de se retirer de la CPI, accusant notamment la juridiction de servir d'instrument de « répression néocoloniale ». Toutefois, cette annonce politique n'avait pas immédiatement produit d'effet juridique.

 

La procédure formelle n'a été engagée qu'en juin 2026, avec les notifications adressées au secrétaire général des Nations unies.

 

Dans une analyse publiée par l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Caroline Roussy souligne que plusieurs hypothèses peuvent expliquer le délai entre l'annonce de septembre 2025 et les notifications officielles de juin 2026. Parmi elles figurent les priorités sécuritaires des autorités de l'AES et les difficultés rencontrées face aux groupes armés actifs dans la région.

 

Aucune explication officielle unique n'a toutefois permis d'établir les raisons précises de ce calendrier.

 

Une contestation qui dépasse désormais le Sahel

 

La dynamique de retrait s'est accélérée au cours de l'été 2026 et ne concerne désormais plus uniquement les trois pays de l'AES.

 

Le 24 juillet 2026, le Venezuela a officiellement notifié son retrait du Statut de Rome. Trois jours plus tard, le 27 juillet, le Tchad a également notifié son intention de quitter la CPI.

 

Ces nouvelles procédures montrent que la contestation de la Cour dépasse désormais le seul cadre sahélien. Elles donnent une nouvelle dimension au débat sur l'avenir de la justice pénale internationale et sur la capacité de la CPI à conserver une légitimité universelle.

 

Au 9 août 2026, plusieurs États ont donc engagé ou ont déjà achevé leur retrait de la juridiction, tandis que d'autres ont abandonné leurs démarches. Cette évolution traduit une relation de plus en plus complexe entre certains gouvernements et la Cour pénale internationale.

 

Pourquoi la CPI est-elle contestée en Afrique ?

 

La défiance d'une partie des gouvernements africains envers la CPI ne date pas des événements de 2026.

 

Elle s'est notamment renforcée après la saisine de la Cour par le Conseil de sécurité des Nations unies concernant la situation au Darfour, puis avec l'émission de mandats d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir en 2009 et 2010.

 

L'affaire Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire, son transfert à La Haye en 2011 et les procédures visant d'autres responsables ivoiriens ont également alimenté les critiques contre la Cour sur le continent.

 

Pour plusieurs gouvernements africains, ces affaires ont donné le sentiment que la justice pénale internationale ciblait principalement les dirigeants africains. À l'inverse, les défenseurs de la CPI soulignent que la Cour constitue un mécanisme essentiel lorsque les systèmes judiciaires nationaux ne sont pas en mesure ou ne souhaitent pas poursuivre les auteurs des crimes les plus graves.

 

La controverse porte donc autant sur l'indépendance de la Cour que sur la question de l'universalité de la justice internationale.

 

Les organisations de défense des droits humains dénoncent un recul

 

L'Initiative mondiale contre l'impunité (GIAI), qui rassemble notamment la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Coalition pour la Cour pénale internationale, REDRESS, Trial International et Women's Initiatives for Gender Justice, a condamné le retrait annoncé par les trois États de l'AES.

 

Pour ces organisations, cette décision constitue un recul dans la lutte contre l'impunité et risque de fragiliser davantage l'accès des victimes à la justice.

 

Amnesty International a également averti que le retrait pourrait priver des milliers de victimes de la possibilité de recourir à la CPI pour obtenir justice et réparation.

 

La question centrale demeure donc celle des conséquences concrètes de ces retraits pour les victimes de crimes internationaux.

 

Vers une justice pénale sahélienne ?

 

Le retrait de la CPI s'accompagne d'une volonté affichée par les États de l'AES de développer leurs propres mécanismes judiciaires.

 

Les ministres de la Justice du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis à Niamey les 15 et 16 septembre 2025 afin de travailler sur une architecture juridique et judiciaire commune. Parmi les projets évoqués figure la création d'une future juridiction régionale, présentée comme la Cour pénale sahélienne des droits de l'homme (CPS-DH).

 

Cette juridiction aurait vocation à traiter certaines des infractions les plus graves, notamment les crimes contre l'humanité, le terrorisme et certaines formes de criminalité transnationale organisée.

 

Pour les autorités de l'AES, l'objectif est de renforcer l'autonomie judiciaire de la Confédération et de réduire leur dépendance à l'égard des institutions internationales qu'elles considèrent comme étrangères à leurs réalités politiques et historiques.

 

Mais le projet soulève plusieurs interrogations : quelle sera son indépendance réelle ? Quels seront ses mécanismes de saisine ? Quelle protection offrira-t-elle aux victimes ? Et surtout, quelle reconnaissance pourra-t-elle obtenir auprès des autres États africains et de la communauté internationale ?

 

Quel avenir pour la justice pénale internationale ?

 

Au 9 août 2026, le retrait engagé par le Burkina Faso, le Mali et le Niger n'est donc pas encore effectif. Il constitue néanmoins un signal politique majeur.

 

L'arrivée du Tchad et du Venezuela dans cette dynamique montre surtout que la contestation de la CPI ne peut plus être analysée uniquement à travers la situation de l'AES.

 

La Cour fait désormais face à un double défi : préserver sa capacité à poursuivre les auteurs des crimes internationaux les plus graves et répondre aux critiques portant sur son impartialité, son fonctionnement et son universalité.

 

Pour les victimes, l'enjeu dépasse toutefois les rivalités diplomatiques. La question fondamentale demeure celle de l'accès à une justice indépendante et crédible, qu'elle soit nationale, régionale ou internationale.

 

Alors que plusieurs États remettent en cause leur appartenance au Statut de Rome, l'avenir de la justice pénale internationale dépendra aussi de la capacité des institutions concernées à restaurer la confiance, à garantir une application équitable du droit et à placer les droits des victimes au centre de leur action.

 

RÉFÉRENCES 

 

https://www.iris-france.org › Retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CPI : fin de partie de la justice pénale internationale ?/consulté le jeudi 6 août 2026.

 

https://theconversation.com › Ce que les retraits du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cour pénale internationale révèlent de la diffusion autoritaire/consulté le jeudi 6 août 2026.

 

https://www.france24.com › Pourquoi certains États veulent quitter la Cour pénale internationale ?/consulté le jeudi 6 août 2026.

 

https://www.amnesty.org › Burkina Faso/Mali/Niger. Le retrait du Statut de Rome consacre l'impunité et menace de priver les victimes de crimes de guerre de justice et de réparation/consulté le jeudi 6 août 2026.

 

https://africapresse.com › Africa Presse Le Mali, le Burkina Faso et le Niger préparent leur retrait de la Cour Pénale Internationale (CPI)/consulté le jeudi 6 août 2026.

 

https://www.fidh.org › Retrait des États du Sahel de la Cour pénale internationale : un recul pour les victimes et la justice/consulté le jeudi 6

 août 2026.