Le 9 août 1945, en pleine Seconde Guerre mondiale, la ville japonaise de Nagasaki est frappée par une bombe atomique américaine. Quelques jours après Hiroshima, cette deuxième attaque nucléaire fait environ 70 000 morts à la fin de l’année 1945, selon les estimations historiques. Elle devient l’un des épisodes les plus tragiques du XXe siècle et marque durablement l’histoire de l’humanité. Quatre-vingt-un ans plus tard, alors que le monde possède encore plus de 12 000 armes nucléaires, le souvenir de Nagasaki demeure un avertissement sur les conséquences d’une guerre nucléaire.
Une décision prise dans les derniers jours de la guerre
À l’été 1945, la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin en Europe, mais la guerre se poursuit dans le Pacifique entre les États-Unis et le Japon. Après des années de combats extrêmement meurtriers, Washington cherche à obtenir la capitulation japonaise.
Le 16 juillet 1945, les États-Unis réalisent le premier essai nucléaire de l’histoire, dans le désert du Nouveau-Mexique, dans le cadre du projet Manhattan. Quelques semaines plus tard, l’arme nucléaire est utilisée contre une population pour la première fois.
Le 6 août 1945, un bombardier B-29 américain, l’Enola Gay, largue la bombe « Little Boy » sur Hiroshima. L’explosion provoque une destruction massive et des dizaines de milliers de morts. Le bilan atteint environ 140 000 décès à Hiroshima avant la fin de 1945, selon les estimations couramment retenues.
Trois jours plus tard, alors que le Japon n’a pas encore annoncé sa capitulation, une seconde mission est lancée.
Le 9 août, Nagasaki devient la deuxième cible
Aux premières heures du 9 août, le bombardier B-29 Bockscar, commandé par le major Charles W. Sweeney, décolle de l’île de Tinian, dans les îles Mariannes, avec à son bord une bombe au plutonium baptisée « Fat Man ».
Nagasaki n’est pourtant pas la cible initiale. La ville de Kokura constitue la première cible prévue. Mais lorsque le Bockscar arrive au-dessus de Kokura, la couverture nuageuse et la fumée empêchent l’équipage d’identifier correctement le point de largage. Après plusieurs tentatives, Sweeney décide de se diriger vers la cible secondaire : Nagasaki.
À 11 h 02, le 9 août 1945, « Fat Man » explose au-dessus de Nagasaki.
La puissance de l’explosion est estimée à environ 21 kilotonnes de TNT. Des quartiers entiers sont détruits, des milliers de personnes sont tuées ou grièvement brûlées et les radiations provoquent également des décès dans les jours, les mois et les années qui suivent. Environ 70 000 personnes sont mortes à Nagasaki avant la fin de 1945, selon les estimations historiques citées par Reuters et les commémorations actuelles.
Deux bombes, trois jours, une nouvelle réalité pour l’humanité
Le bombardement de Nagasaki intervient seulement trois jours après Hiroshima. Cette succession extrêmement rapprochée de deux attaques nucléaires montre au monde une réalité jusque-là inimaginable : une seule bombe pouvait détruire une ville entière et tuer des dizaines de milliers de personnes en quelques instants.
Il convient toutefois de préciser que Nagasaki n’est pas la première fois qu’une arme nucléaire tue autant de personnes. Hiroshima, frappée le 6 août, constitue le premier bombardement atomique de l’histoire. Nagasaki est le deuxième et, à ce jour, le dernier cas d’utilisation d’une arme nucléaire en temps de guerre.
« Je n’éprouvais ni remords ni culpabilité »
Le rôle des équipages américains demeure, encore aujourd’hui, l’un des aspects les plus controversés de cette histoire.
Charles Sweeney, le pilote du Bockscar, a visité Nagasaki après la guerre. Dans un témoignage cité par le Guardian, il expliquait ne tirer aucune fierté de la brutalité de la guerre et considérait chaque vie comme précieuse, tout en affirmant ne ressentir « aucun remords ni culpabilité » pour avoir bombardé la ville.
Le pilote de l’Enola Gay, Paul Tibbets, qui avait commandé la mission contre Hiroshima trois jours auparavant, a lui aussi défendu sa décision et déclaré après la guerre qu’il ne regrettait pas son rôle dans cette opération.
Ces déclarations illustrent le profond débat moral qui accompagne encore les bombardements atomiques de 1945 : pour certains responsables américains de l’époque, l’utilisation de la bombe devait accélérer la fin de la guerre et éviter une invasion terrestre du Japon qui aurait pu provoquer de lourdes pertes. Pour les survivants et leurs descendants, les explosions de Hiroshima et Nagasaki demeurent avant tout le symbole d’une destruction humaine sans précédent.
Le Japon capitule quelques jours plus tard
Le 8 août, entre les deux bombardements, l’Union soviétique déclare également la guerre au Japon et lance son offensive contre les forces japonaises en Mandchourie.
Après Hiroshima, Nagasaki et l'entrée de l'Union soviétique dans la guerre, l'empereur Hirohito annonce finalement la décision du Japon de capituler le 15 août 1945. La capitulation formelle est signée le 2 septembre, mettant officiellement fin à la Seconde Guerre mondiale.
De Nagasaki à la menace nucléaire actuelle
L’histoire aurait pu laisser croire que l’utilisation de l’arme nucléaire en 1945 serait un épisode unique. Pourtant, la menace n’a pas disparu.
En janvier 2026, neuf États étaient considérés comme possédant des armes nucléaires : les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et Israël. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), leurs arsenaux représentaient environ 12 187 ogives nucléaires, dont environ 9 745 dans des stocks militaires susceptibles d’être utilisés. Plus de 4 000 étaient déployées avec des forces opérationnelles et environ 2 100 à 2 200 étaient maintenues en état d’alerte élevée.
Plus inquiétant encore, SIPRI estime que les neuf puissances nucléaires ont poursuivi en 2025 la modernisation de leurs arsenaux. Les États-Unis et la Russie concentrent toujours près de 86 % de l’ensemble des ogives nucléaires mondiales, tandis que la Chine poursuit une expansion rapide de son arsenal.
Nagasaki, un avertissement toujours actuel
Le 9 août 1945 n’est donc pas seulement une date dans les livres d’histoire. C’est le souvenir d’un moment où la capacité de destruction de l’être humain a franchi un seuil inédit.
À Nagasaki, une seule bombe a suffi à transformer une ville en champ de ruines et à bouleverser la vie de dizaines de milliers de personnes. Aujourd’hui, des milliers d’armes nucléaires existent encore, certaines étant maintenues en état d’alerte.
81 ans après Nagasaki, la question reste la même : l’humanité saura-t-elle tirer les leçons de son passé avant que la puissance nucléaire ne soit de nouveau utilisée contre elle ?
Le souvenir des victimes de Nagasaki rappelle ainsi une évidence : une guerre nucléaire ne serait pas seulement une confrontation entre États. Elle pourrait devenir une catastrophe humaine dont les conséquences dépasseraient largement les frontières des pays concernés.
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